L'Europa League est-elle nuisible à la santé des clubs de Ligue 1 ?

L’intérêt de l’Europa League, compétition bien moins rémunératrice que sa grande sœur, fait souvent débat : la compensation financière qu’elle offre à ses participants, ou le prestige de son trophée, valent-ils la débauche d’énergie supplémentaire et le risque de blessures qui vont avec ?

En m’inspirant de la méthode utilisée par Dan Altman, j’ai cherché à savoir si un club de Ligue 1 engagé dans cette compétition perdait (ou gagnait) des places par rapport à son classement la saison précédente. Par exemple, un club ayant terminé 4ème en fin de saison 20122013 et disputant donc l’Europa League en 20132014 voit-il son classement chuter ou au contraire s’améliorer ?

Pour répondre à cette question j’ai tout d’abord répertorié les classements de Ligue 1 depuis la saison 99-00 jusqu’à la saison 15-16 et calculé pour chaque équipe l’évolution au classement d’une saison sur l’autre (ce qui exclut de fait les clubs promus).

[caption id=“attachment_529” align=“aligncenter” width=“806”]evoclass Illustration 1. La taille des points correspond au nombre d’occurence par intersection[/caption]

Ensuite, j’ai identifié les clubs qui ont participé à la phase finale de l’Europa League (soit la phase de groupes soit le premier tour pour les plus anciennes éditions) en excluant de l’échantillon les clubs éliminés lors des tours préliminaires (ou intertoto à l’époque).

[caption id=“attachment_533” align=“aligncenter” width=“812”]evoclassel Illustration 2.[/caption]

Le test visuel semble montrer qu’il y a davantage d’équipes en haut de la ligne pointillée qu’en bas, ce qui laisserait penser que l’Europa League a bel et bien un impact sur le changement de classement. Mais impossible d’en tirer une conclusion définitive à ce stade notamment parce que nous n’avons pas d’informations sur le mouvement naturel des équipes avec ou sans coupe d’Europe.

J’utilise donc une régression linéaire pour mesurer la corrélation entre la variable explicative “participer à l’Europa League” et la variable expliquée “gagner ou perdre des places au classement d’une année sur l’autre”. Cette régression est représentée par la droite ci-dessous, dont l’équation et le coefficient de détermination sont en légende.

[caption id=“attachment_536” align=“aligncenter” width=“277”]regress Illustration 3.[/caption]

Le coefficient directeur de cette droite est légèrement négatif, (-0.78) impliquant que sur l’échantillon, un club qui participe à l’Europa League perd en moyenne 1.43 (-.78*1-0.65) places au classement d’une année sur l’autre.

Par ailleurs, l’ordonnée à l’origine de la droite de régression est de -0.65, ce qui signifie qu’en moyenne, le classement d’une équipe de Ligue 1 diminue d’environ deux tiers de place d’une année sur l’autre.

Mais peut-on pour autant en déduire que c’est l’Europa League qui entraîne cette différence ?

Pour cela il faut regarder le coefficient de détermination (R-Squared) de notre régression qui mesure la qualité de la relation entre nos deux variables.

Le couperet tombe, la réponse est sans appel : la corrélation est quasi-nulle entre l’évolution au classement et une participation à l’Europa League.  Ce résultat se comprend d’abord visuellement, certaines équipes progressent (points verts) d’autres régressent (points rouge) sans que l’on puisse identifier de tendances. Et surtout, le coefficient de détermination est seulement de 0.003 (R-Squared). Cela veut dire que la participation à l’Europa League explique seulement 0.3% de la variation au classement (R-Squared=0.003). Autrement dit, il est impossible d’établir de relation entre une chute au classement et participer à l’Europa League.

Les dirigeants et entraîneurs peuvent donc dormir tranquille, l’Europa League est loin d’être le monstre mangeur de points qu’on aime imaginer.

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