Florian Thauvin, le franc-tireur

Après une saison riche en émotions (même si elle a encore un goût amer), c’est désormais l’heure des bilans. En réalité, nous en sommes en pleine Coupe du Monde et l’OM est un peu à l’arrière-plan de l’actualité, mais faute de temps je n’ai pas pu boucler l’article dans le bon timing. Je me lance malgré tout, avec un retour sur les performances exceptionnelles de Florian Thauvin.

Mis à part mon ami Geno, fin connaisseur du football et de l’Olympique de Marseille, peu sont ceux qui auraient misés sur une saison à 20 buts en championnat, et certainement pas moi, qui le voyais terminer entre 8 et 12 buts hors penalty.

Saisons Minutes Buts hors pen Buts p. 90min
2016/2017 2978 14 0.42
2017/2018 2966 19 0.58

Force est de constater que je me suis trompé et pas qu’un peu. Mais du coup, comment expliquer cette progression fulgurante par rapport à la saison passée ?

I. La qualité des occasions

1. Les Expected Goals

Les outils statistiques récents permettent de se faire une bonne idée de la qualité des tirs tentés c’est-à-dire de la probabilité que chaque tir finisse en but. Une première façon de répondre à notre problème est donc de nous intéresser aux Expected Goals créés par Florian Thauvin. On constate visuellement que l’orléanais a pris un nombre beaucoup plus important de tirs proches du but et dans l’axe, signe à la fois d’une meilleure sélection mais aussi d’une capacité à se trouver et à être trouvé dans des zones dangereuses. Les progrès sont significatifs et d’ailleurs, ces occasions de qualité ont souvent fait mouche.

Le schéma ci-dessous confirme que FloTov a réussi cette saison à se procurer des tirs ayant une forte probabilité de faire but et c’est à mon sens une des raisons de l’écart avec la saison dernière. On remarquera notamment les 4 tirs à plus de 65%, tous convertis, qui représentent une vraie nouveauté. Cette qualité de finition, déjà présente la saison dernière est confirmée ici, en ce sens que les occasions dangereuses sont converties quasi-systématiquement.

Malgré cela, on voit aussi qu’il reste encore un paquet de tirs peu dangereux, souvent forcés de l’extérieur de la surface et qui selon moi mériteraient un meilleur sort. Nous en avons la confirmation via le tableau ci-dessous.
season xG_moyen xG_médian
2016/2017 0.103 0.051
2017/2018 0.111 0.055

A titre de comparaison, et toute proportion gardée, un Mohamed Salah qui joue au même poste arrive à monter à un xG moyen par tir de 0.166. Notre marseillais peut donc encore progresser !

Une des composantes importantes de la qualité des tirs et donc de leur probabilité d’être transformés en but est la distance par rapport au centre des cages adverses. Les courbes de densité montrent le rapprochement des tirs du centre des cages.
season dist_moyenne dist_médiane
2016/2017 20.3 20.1
2017/2018 17.9 18.2

Les chiffres confirment cette impression puisque la distance moyenne des tirs tentés a été raccourcie de plus de 2 mètres en moyenne. Dans la mesure où (i) la distance moyenne reste relativement éloignée du but adverse et (ii) la relation entre distance et expected goals n’est pas linéaire, l’impact de la réduction de la distance des tirs sur l’Expected Goal moyen présenté plus haut reste assez limité. Le progrès est malgré tout notable et signe d’une meilleure prise de décision en moyenne.

Une grande différence avec la saison passée est aussi l’émergence d’un jeu de tête remarquablement efficace. Thauvin joue désormais un rôle important à la retombée des centres et des CPA ce qui était moins être le cas la saison dernière.
season têtes % têtes buts tête buts tête %
2016/2017 7 7.37% 0 0%
2017/2018 17 13.4% 4 21.1%

On le voit, la proportion des tirs de la tête à quasi doublé par rapport à l’an dernier. Occupe-t-il un espace laissé vacant ou est-il moins contraint défensivement ? Probablement les deux et cela mériterait une analyse à part entière.

2. Le placement des tirs

En nous plaçant face aux cages pour regarder le placement des tirs cadrés, on remarque que les fameuses “spéciales” : l’enroulé lucarne opposée, n’ont pas été légion cette saison ou alors pas cadrées. Un tir tenté de plus près n’a en effet pas besoin d’être en lucarne pour faire mouche, puisqu’il laisse tout simplement moins de temps au gardien pour réagir. Ceci va dans le sens de l’hypothèse selon laquelle les buts inscrits cette saison relève moins de l’exploit que de bonnes positions de tirs. Continuons toutefois à explorer l’évolution du jeu de l’orléanais.

II. La quantité d’occasions

Cela ne vous aura pas échappé, l’équipe cette saison a drastiquement corrigé un des problèmes identifié la saison passée : la capacité à se créer des occasions en quantité. L’OM de ce point de vue est devenue clairement dominatrice et termine d’ailleurs à la première place de Ligue 1 dans cet exercice avec 615 tirs hors penalties devant le PSG et ses 613 tirs.

Qu’en est-il donc du volume de tirs tentés par notre ailier finisseur et de sa contribution à cette domination collective ? C’est on ne peut plus éloquent, Florian Thauvin apporte, en proportion, une contribution constante au volume de tirs de l’équipe d’une saison à l’autre. La saison dernière n’était donc pas, de ce point de vue, une anomalie de parcours : Thauvin est un joueur qui se procure beaucoup d’occasions et son activité suit celle de l’équipe.

Se procurer des tirs c’est bien, les transformer en but, c’est mieux. De ce point de vue, comment ont évolué les performances du phocéen ? Pas d’amélioration significative de l’efficacité du marseillais, puisque son taux de conversion reste quasiment constant. Mais, comme vu dans le précédent article sur Mitroglou, juger les performances d’un joueur sur une centaine de tirs est encore un peu juste pour en tirer des conclusions statistiquement significatives. Pour se rapprocher de l’élite néanmoins, le français devra encore améliorer son efficacité et tutoyer les 20%.

III. Conclusion

season Buts Total_xG Perf_ratio
2016/2017 14 9.82 1.43
2017/2018 19 14.04 1.35

Le ratio buts / Expected Goals, qui matérialise la sur-performance ou sous-performance par rapport à une “moyenne” attendue, montre ici que Thauvin maintient son niveau de sur-performance sur deux saisons consécutives. Signe selon moi de qualités de finition indéniables. Autant les performances de l’an passé pouvaient laisser croire à une réussite passagère autant celles de cette année me semblent plus durables notamment lorsqu’on regarde l’amélioration des positions de tir. L’augmentation du nombre de buts marqués est donc la combinaison de deux facteurs : de meilleures positions de tir et surtout, une augmentation importante du volume de tirs puisque le taux de conversion est resté quasi-identique.

Evidemment, le jeu du marseillais est encore perfectible, y compris pour un ailier. Comme dit plus haut, beaucoup de tirs inutiles et une efficacité qui pourrait donc être améliorée. Idem dans la construction du jeu où, malgré de vrais progrès, il y a encore des mauvais choix et son jeu pourrait être plus juste.

Pour terminer sur le reproche le plus fréquent ses derniers temps : sa dispariation dans les grands matchs, je reste assez réservé. D’une part son style de jeu, principalement basé sur la percussion est naturellement moins efficace contre des défenseurs et organisations de meilleur niveau, ce qui tend à confirmer l’hypothèse. Les joueurs dont les qualités reposent sur la vision du jeu et la passe subissent en effet moins l’amélioration de l’adversité. Mais d’un autre côté, tirer des conclusions définitives à partir d’une poignée de matchs dans la saison ne me semble pas très fair play : dans les gros matchs il y a, par définition, moins d’opportunités de briller.