Pourquoi les clubs de football doivent se mettre aux stats (si ce n’est pas déjà fait)

1. Parce que c’est efficient

Les fournisseurs de données mettent à disposition des clubs une quantité colossale d’information détaillée, couvrant des dizaines de championnats et des dizaines de milliers de joueurs. Le Directeur Sportif malin peut alors monitorer depuis son bureau une grande partie du football professionnel mondial et éviter d’envoyer ses recruteurs aux quatre coins du Globe au petit bonheur la chance. Ces derniers pourront ainsi se concentrer (i) sur la détection des jeunes (ii) sur la confirmation de profils qui poseraient question (iii) sur l’observation des défenseurs, plus difficiles à analyser via les stats.

2. Parce que le football est incertain

Les statistiques permettent non seulement de reconnaître que le football est un sport incertain mais aussi et surtout d’appréhender et mesurer cette incertitude. Raisonner en termes de probabilités donne aux dirigeants la possibilité de définir et planifier leur stratégie et leur budget en intégrant l’aléa propre aux résultats sportifs. Un club est une entreprise qui compte parfois des centaines de salariés. Assurer sa pérennité en gérant le risque de manière appropriée est la première responsabilité des dirigeants.

3. Parce que ça aide à déterminer le prix d’un joueur

Investir des sommes folles sur un joueur sans tenir compte du caractère aléatoire du football et du rapport coût bénéfice semble être la recette d’un échec assuré. Comme j’ai tenté de le montrer dans mon dernier article, il est possible, sinon souhaitable, de regarder l’impact financier des performances d’un joueur sur la durée de son contrat.

4. Parce que c’est plus compliqué que compter des buts et des passes décisives

Les nouveaux outils d’analyse combinent l’observation et la modélisation afin de lisser les contingences ou « coups du sort » propres au terrain. Pour le dire plus simplement, on arrive désormais à mieux distinguer la chance du talent et ce à grande échelle. Cela n’est pas forcément évident lorsqu’on regarde un match ou qu’on compte les buts marqués. Je pense ici aux Expected Goals et aux métriques similaires qui modélisent la qualité des tirs et passes en fonction de leur probabilité d’être décisifs. Ainsi, un joueur qui délivre des caviars tous les week-ends mais qui ne sont jamais convertis en buts par ses coéquipiers sera repéré immédiatement via les statistiques.

Par ailleurs, des méthodes relativement robustes, dérivées du plus/minus utilisé en basket-ball permettent désormais de mesurer l’impact d’un joueur indépendamment de ses actions sur le terrain. Ceci répond  partiellement à la critique selon laquelle on ne quantifie pas l’influence d’un joueur au sein d’un vestiaire, ou que l’expérience ne se mesure pas via une feuille de stats.

5. Parce que ça peut améliorer les résultats de l’équipe.

Deux exemples fameux :

  • A partir d’une étude statistique menée sur les coups de pied arrêtés, les analystes du FC Midtjylland ont mis au point plusieurs stratégies à utiliser sur coup franc direct ou sur corner. Avec ces nouveaux modes opératoires, l’équipe a gagné un nombre significatif de points supplémentaires leur permettant d’accéder à la lucrative Ligue des Champions. (Cf. aussi mon premier article Combien rapporte le point supplémentaire ? )
  • Les shot maps que l’on voit fleurir sur les réseaux sociaux sont désormais utilisées par les entraîneurs et intégrées aux entraînements afin que les joueurs s’approprient plus facilement le concept de zone de danger.

6. Parce que ce n’est pas cher

Comparez l’investissement requis pour mettre en place un département d’analyse statistique et l’argent perdu sur des transferts réalisés à la va-vite ou pire encore sous l’influence d’agents véreux et vous verrez qu’au final le retour sur investissement ne fait pas débat.

7. Parce que ça améliore le processus de décision

Au vu des sommes engagées sur le marché des transferts par rapport au budget annuel, un club de football se relève difficilement d’un recrutement raté : le joueur coûte cher à l’achat, ne performe pas sur le terrain, engloutit via son salaire et ses primes une partie non négligeable des ressources du club et cela sans qu’il soit possible de le revendre facilement.

Opérer une revue statistique approfondie du profil d’un joueur avant signature, permet de s’assurer a minima qu’il s’adaptera au style de jeu mis en place par l’entraîneur et au mieux qu’il contribuera positivement aux résultats de l’équipe. De plus, les modèles utilisés pour le recrutement sont capables de transposer les performances d’un joueur d’un championnat à un autre, facteur souvent relégué au second plan ou apprécié à partir d’un échantillon trop faible.

Evidemment, il s’agit d’outils d’aide à la décision qui viennent en compléter d’autres, mais le peu de ressources qu’ils requièrent (1. et 6.) et leur capacité à détecter les signaux faibles (4.) les rendent particulièrement attractifs.

8. Parce que, quel club s’en sert en France ?

Peu de choses filtrent. Nice ?  Monaco ? Difficile à dire, mais la pratique présente suffisamment de détracteurs pour qu’elle soit au final peu répandue dans un milieu relativement « auto-centré » (pour reprendre les mots de JH Eyraud). Leur utilisation présenterait ainsi un avantage compétitif que l’on ne peut balayer d’un revers de main.

[Edit 09/02/2017 – Hier avait lieu l’OPTA PRO Forum et le seul club français représenté était le PSG…]

9. Parce que la « Data Visualisation »

Afin de rendre les statistiques moins arides, de nombreux outils de visualisation sont disponibles sur le marché voire sont intégrés aux logiciels d’analyse. Quoi de mieux qu’une Pass Map bien conçue pour que l’entraîneur puisse identifier aisément les circuits préférentiels de l’adversaire ?

10. Parce que c’est un contre-pouvoir

Les conflits d’intérêts peuvent être nombreux et particulièrement néfastes au sein d’un club de foot, notamment via le jeu des agents. Opposer à un entraîneur particulièrement insistant un rapport statistique illustrant le faible intérêt d’un joueur pour l’équipe peut aider à limiter le risque sportif mais aussi et surtout le risque de réputation voire le risque juridique.

 

Etes-vous d’accord, pas d’accord ? Voyez-vous des choses à ajouter ou des arguments fallacieux ? N’hésitez pas à venir en discuter sur Twitter.

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