Diagnostic du jeu de l’OM 2016/2017

La saison qui s’achève pour l’Olympique de Marseille semble vouloir nous laisser des regrets. Un mercato hivernal ambitieux, une équipe de Bordeaux a priori à notre portée et des Lyonnais qui, bien que supérieurs dans le jeu, semblent se montrer fébriles sur cette fin de saison. Ajoutez à cela les points laissés en chemin contre des adversaires réputés plus faibles ou de belles victoires contre St-Etienne, Angers ou Rennes et vous avez tous les ingrédients d’une amère soupe à la grimace.

Pour autant, peut-on dire que nous méritons mieux ? La qualité de jeu démontrée cette saison reflète-t-elle autre chose que ce que le classement actuel nous indique ? Enfin, la production de nos joueurs nous permet-elle de prétendre à autre chose qu’une 6e ou 5e place ?

Par qualité de jeu, j’entends la capacité d’une équipe à se créer des occasions dangereuses d’une part et à ne pas en concéder d’autre part. Pour la mesurer j’utilise les expected goals, expliqués dans mon dernier article.

Afin d’analyser en détail le fond de jeu,  j’exclurai logiquement les actions se déroulant sur phase arrêtée directe ou indirecte (coup franc ou corner par exemple). Non pas que ceux-ci ne soient pas importants, au contraire, mais ils sont moins directement révélateurs de la force collective.

Mon objectif dans cet article est d’identifier les points forts de cet OM 2016/2017 et surtout de mesurer la hauteur de la marche pour espérer, l’an prochain, tenir la dragée haute aux ténors de notre championnat.

1. L’attaque

Les tirs

En termes de buts marqués dans le jeu les phocéens sont 7e, (0.97 buts par match) derrière Guingamp et Bordeaux, sans qu’un écart significatif soit à signaler avec ces deux clubs. La marche est plus haute en revanche pour accéder aux 4 premières places à 1.3 buts par match soit une dizaine de buts d’écart sur l’ensemble de la saison.

En décomposant les occasions des clubs de Ligue 1 en qualité et quantité on touche encore davantage du doigt les points forts et faiblesses de chacun d’entre eux.

Untitled

On constate ici que Marseille est bien au-dessus de la médiane lorsqu’il s’agit de la qualité des tirs tentés (et rejoint d’ailleurs Guingamp et Bordeaux) sans être très loin non plus de l’équipe de Lyon. En revanche l’équipe ne se distingue pas particulièrement sur les volumes de tirs et se retrouve beaucoup plus proche de la médiane derrière des équipes comme Angers et Montpellier.

conv off

Les olympiens, on le voit, ont une conversion des tirs qui reflète parfaitement le danger qu’ils créent ce qui tend à montrer que notre performance offensive est conforme aux attentes sans grande réussite ni coup de malchance. On sait qu’il faut en général un peu plus de réussite qu’attendu si on veut accrocher le podium voir un titre, c’est ce que font Nice et Monaco cette saison avec le succès que l’on connait.

L’équipe phocéenne semble donc être à sa place offensivement et subit le contrecoup d’un trop faible volume de tir. Le volume ne fait pas tout, cf. Angers, mais il est important cf. Paris.

Si l’on veut espérer accrocher le wagon de tête, il faudra donc continuer à augmenter le volume de tirs sans sacrifier la qualité. Je dis continuer car on note sur les derniers matches une légère augmentation de la quantité malheureusement au détriment de la qualité, le plus criant exemple étant le match contre Nancy où en moyenne nos chances de marquer dans le jeu étaient de 6.8% par tir (vs. notre moyenne sur la saison à 11.8%) !

Les passes clés

Pour un tir, il faut généralement ce qu’on appelle une passe clé (passe précédant un tir) et si le volume de tirs est faible c’est que (sauf exception) le volume de passes clés est faible aussi. Afin d’y voir plus clair sur la production de l’équipe, regardons comment nos joueurs se répartissent ces fameuses passes clés. Arrêtons-nous dans un premier temps sur les plus gros producteurs de passes clés  en Ligue 1 (chiffres présentés par 90 minutes afin d’obtenir une vision comparable, indépendamment du temps de jeu)

pcl1

Trois marseillais sont ici dans le TOP 20 et retrouver R. Cabella si haut alors qu’il n’est pas titulaire indiscutable est plutôt surprenant. En détail, le classement des marseillais :

pcl1om

Mais l’autre surprise vient surtout de F. Thauvin qui est seulement 41e de Ligue 1 avec 1 passe clé par 90 minutes. Pour un ailier, fer de lance de notre 4-3-3, on pouvait s’attendre à mieux. Toutefois, cela permet de matérialiser l’impression visuelle que l’on a d’un joueur qui a encore du mal à rendre le ballon quand il le reçoit. Enfin, Sakai, délivre 0.75 passes clés par 90 minutes à mettre au regard de Fernando Marçal meilleur latéral du championnat sur le domaine  à 1.51 ou de l’excellent Benjamin Mendy à 0.90.

Deux commentaires immédiats : l’absence d’arrière gauche (Bedimo ne passe pas le cut car il n’a pas fait de passe décisive – il est de toute façon à 0.31 CQFD), et la surprenante faiblesse de Florian Thauvin. Pour l’arrière gauche on imagine que Patrice Evra sera épaulé l’an prochain. En revanche le cas FloTov est plus problématique étant donnés nos problèmes de volume de tirs et le fait qu’il soit titulaire indiscutable attendu pour la saison prochaine. Sa faiblesse dans le volume de passes n’est pas compensée par un danger de tous les instants devant les cages et son nombre de passes décisives dans le jeu le positionne à la 61e place de Ligue 1 (0.13 p. 90min).

Pour rejoindre les meilleures équipes, il manque à l’OM environ 1.5 tirs dans le jeu par match. Payet et Sanson font leur part du travail, mais le danger doit être significativement accru.

Plusieurs grandes orientations sont envisageables pour résoudre ce problème :

  • On trouve des « relais de croissance » via un 8 et des latéraux (surtout à gauche) qui délivrent beaucoup plus, ou un 9 qui crée davantage de situations (sachant que le volume de passes clés de Gomis est en ligne avec les attaquants de son profil, ce que Garcia semble apprécier). Et on en profite au passage pour demander à Thauvin de lâcher davantage le ballon.
  • On change de système pour libérer les qualités individuelles de nos joueurs, peut-être avec Payet en 10 et Thauvin à gauche ou en faux 9.
  • Soit enfin on reste en 4-3-3 mais avec un autre ailier droit, beaucoup plus ouvert sur le collectif.

Rien n’empêche des scénarios intermédiaires évidemment. Je pense que Garcia voudra garder Thauvin qui est un des joueurs importants de la saison 16/17 et je ne le vois pas changer de système. Il penchera à mon sens pour l’option 1 via notamment l’arrivée d’un 8 capable de se projeter (Sissoko, Seri ?), mais on va le voir l’équation n’est pas si simple.

2. La défense

En décomposant le jeu de la même manière, on constate que les olympiens se classent 6e aux buts encaissés dans le jeu et 10e au niveau des tirs subis. En termes de qualité les marseillais sont 8e.

defense.png

Le volume de tirs peut surprendre quand on voit par ailleurs que l’équipe est 4e du championnat en termes de possession de balle, mais également en termes de passes réussies, si tant est que cette dernière statistique veuille dire quelque chose.

Une partie de l’explication se trouve dans l’activité de l’équipe à la récupération. L’OM est tout simplement :

  1. l’équipe de Ligue 1 qui subit le plus de dribbles par match et
  2. qui a le taux le plus faible de tacles réussis.

dribettac

Lorsque l’on étudie les statistiques défensives comme les tacles ou les interceptions, il convient de les ajuster de la possession pour obtenir une meilleure corrélation entre ces actions et l’efficacité défensive (même si cet ajustement n’est qu’un pis-aller). Ici, dans la mesure où l’équipe est habituellement en possession du ballon, le constat en serait même aggravé.

Note : Les tacles par match et leur pourcentage de réussite sont loins d’être les seuls signes de bonne ou mauvaise santé défensive, l’art de la défense étant infiniment plus complexe. De mauvais chiffres dans le pourcentage de tacles réussis peuvent vouloir dire que l’équipe presse très haut et tente des tacles qui peuvent être esquivés par l’adversaire plus facilement, ou ces mauvais chiffres peuvent être compensés par de bons chiffres dans la possession, ou dans les interceptions etc… Par exemple, Lorient est cette saison l’équipe qui subit le moins de dribbles par match mais en contrepartie c’est aussi l’équipe qui tente le moins de tacles. C’est pourquoi il faut être très prudents dans l’interprétation et ne pas tirer de conclusions hâtives sur le jeu de l’équipe et surtout le niveau des joueurs.

Une fois prises les précautions d’usage, zoomons prudemment sur l’activité de nos milieux de terrain.

Untitledtac.png

Au milieu, William Vainqueur s’en sort plutôt bien puisqu’après ajustement il réussit 3.1 tacles par 90min ce qui le place au 5e rang des milieux de L1, quand bien même son taux de succès n’est que de 37%, en dessous de la moyenne des 10 plus gros tacleurs de Ligue 1 (43.1%).

Mais le problème est qu’en volume brut, le deuxième milieu marseillais se retrouve à la 47e place de Ligue 1 et il s’agit de… Bouna Sarr, puis en 50e avec Zambo à 1.65 tacle par 90 min et un taux de réussite de 26%. Point de Morgan Sanson ou Maxime Lopez (qui font tous les deux autour d’1.2 tacles par 90min) pour venir épauler un William Vainqueur bien esseulé.

En remettant ces chiffres en perspective, notamment par rapport aux meilleurs à ce poste, les tops tacleurs au milieu de terrain se situent au-delà des 4.5 tacles par 90 minutes, d’où la question du futur positionnement de Vainqueur au milieu, qui a lui seul ne peut contenir les vagues adverses.

Par rapport aux deux meilleures défenses de Ligue 1 dans le jeu,  Fabinho pour Monaco réussit pourtant moins de tacle que Vainqueur, mais en y regardant de plus près, on voit qu’il n’est pas seul et que le très efficace Bakayoko se trouve juste derrière au classement. Quant au PSG il a en ses rangs le très actif Verratti (dans le top 20 des passeurs par ailleurs) et qui est ici deuxième et Rabiot, lui aussi très propre et 6e.

Comme expliqué dans mon précédent article, Nice adopte une stratégie défensive bien différente et accepte de subir un nombre important de tirs par match (15e de Ligue 1) avec la réussite qu’on leur connaît. D’où l’absence de gros récupérateurs au milieu.

Pour l’Olympique de Marseille il semble inconcevable de repartir pour une nouvelle saison avec le triangle Sanson, Lopez, Vainqueur et là aussi, plusieurs solutions sont possibles :

  • Garder Vainqueur et recruter un 8 plus défensif, mais c’est un peu déshabiller Pierre pour habiller Paul vus nos problèmes offensifs par ailleurs. Sauf à prendre un monstre :

  • Changer de système et évoluer à deux milieux au centre.
  • Remplacer Vainqueur par un milieu plus destructeur et/ou le garder pour le mettre en 8.

Là encore l’option 1 me paraît la plus probable.

En continuant l’investigation pour se rapprocher de la surface de réparation, on constate également que Marseille est l’avant dernière équipe en % de tirs contrés par la défense avec en plus, une cassure par rapport à l’équipe qui la devance.

Untitled3.png

Bien que ce pourcentage ne soit pas à lui seul la garantie d’une défense infaillible il est toutefois symptomatique de la faible pression mise par nos joueurs à vocation défensive et est à ajouter à nos statistiques plutôt faibles à la récupération. A ceux qui prendront pour exemple Monaco, qui contre peu de tirs également, je répondrais qu’ils sont l’équipe qui subit le moins de tirs par match dans le jeu : plutôt que d’attendre que l’adversaire tire au but, ils ne lui en laissent même pas l’opportunité.

Du coup, si nos tirs ne sont pas contrés, il reste peu d’issues possibles : But, Hors cadre ou Arrêt du gardien. Et comme nous ne sommes pas la plus mauvaise défense en buts encaissés, c’est sans surprise que l’on retrouve notre Albatros 3e des pourcentages de tirs cadrés arrêtés avec 77.2%. Attention, cela n’est en rien un jugement de valeur et ce chiffre est aussi à mettre au regard de la dangerosité des tirs qu’il subit. Si l’on regarde uniquement les tirs arrêtés et les buts (donc les tirs cadrés), on constate que Marseille concède en moyenne les 2e tirs les moins dangereux de Ligue 1.

Conclusion

diffxg.png

Ayant une performance sous-jacente (qualité * volume) qui nous situe offensivement autour de la 4e place (mais très loin derrière Paris Monaco Lyon) et défensivement autour de la 10e, on constate étrangement après différence que seulement 3 équipes font (beaucoup) mieux. Nice a fait une saison incroyable (cf. dernier article) offensivement comme défensivement, a plutôt bien géré les phases arrêtées et a bénéficié de ce truc en plus difficile à saisir. Bordeaux est très proche derrière mais légèrement inférieur défensivement comme offensivement.

Comme dit en intro, mon analyse se concentre uniquement sur les phases de jeu non-arrêtées, et encore une fois le reste ne peut être négligé si l’on veut disputer le podium (mais, spoiler, on a été plutôt bons offensivement comme défensivement dans ce domaine – sauf coup-franc direct – Ah le mystérieux albatros…)

Pour espérer ce fameux podium, sésame pour la Ligue des Champions, vous constaterez que la marche est extrêmement haute (autant d’écart entre le 3e et le 4e qu’entre le 4e et le 12e). Le recrutement comme la préparation estivale devront donc être au niveau de l’immense attente des fans.

This article was written with the aid of StrataData, which is property of Stratagem Technologies. StrataData powers the StrataBet Sports Trading Platform, in addition to StrataBet Premium Recommendations.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s