A-t-on tort de critiquer Mandanda ?

De véritable légende du club à cible de moqueries en tous genres, Steve Mandanda traverse une période pour le moins délicate.

Comme d’habitude, je vais tenter de regarder ce que les données ont à nous dire sur son niveau de jeu et plus particulièrement sur sa capacité à stopper des tirs (compétence de base pour un gardien il me semble).

La méthode

Assez proche des Expected Goals les Expected Saves (les arrêts attendus), ne concernent que les tirs cadrés et intègrent une donnée supplémentaire cruciale pour évaluer les performances des gardiens : le placement du tir dans la cage. Conformément à l’intuition, plus un tir est proche des coins plus il a de chances de finir en but. Partant de ce constat, en ajoutant d’autres paramètres essentiels à la difficulté d’un arrêt, il est possible de modéliser la probabilité qu’a un tir cadré d’être arrêté par un gardien (capté, bloqué, dévié, …). Ainsi, les Expected Saves nous donnent une valeur benchmark à laquelle comparer les performances individuelles.

Est-ce que ça fonctionne ?

Sur un échantillon de 63 077 tirs cadrés jamais vus par le modèle, il prédit 45 394 arrêts pour 45 233 en réalité, soit une différence de 161 ou 0.3% du total. Pour ceux à qui cela parle, j’obtiens un AUC de 0.87 sans optimiser ni les variables ni les paramètres du modèle.

Quelle métrique utiliser ?

Les Expected Saves nous donnent le benchmark (autrement dit la “moyenne”), reste à lui comparer la performance individuelle des gardiens. Pour ce faire je vais utiliser une métrique popularisée par nos amis de statsbomb : le pourcentage d’arrêts au-dessus de la moyenne (GSAA%). On calcule d’abord la probabilité du tir cadré de finir en but à partir de son placement dans la cage et des paramètres classiques des modèles d’expected goals. On appelle souvent cette stat Post-ShotxG ou xG2. A ce chiffre on soustrait le nombre de buts encaissés et on divise le tout par la somme des tirs cadrés subis par le gardien.

Un exemple sera sûrement plus parlant. En fin de saison 2016/2017, Yohan Pelé avait subi 160 tirs cadrés en Ligue 1 hors penalties et csc. Le modèle prédit 44.03 buts encaissés, pour 38 encaissés en réalité, soit une performance positive et un GSAA% de \(\displaystyle \frac{(44.03 - 38)}{160} = 3.8\%\).

Un gardien moyen est donc proche de zéro, un gardien en difficulté dans le négatif et inversement.

Comment comparer les gardiens ?

Tous les gardiens n’ont pas été confronté au même nombre de tirs et, on l’a vu plusieurs fois, plus le nombre de tirs est important, plus la performance va tendre vers 0.

Plusieurs articles démontrent que le niveau de performance se stabilise autour de 250 tirs cadrés, on va donc utiliser ce filtre pour positionner les gardiens.

Alors, Mandanda ?

Première mauvaise nouvelle, depuis 2010/2011 et jusqu’au 23 février 2019, Mandanda coûte plus de buts au club qu’il n’en sauve, ce qui le positionne en territoire négatif. Deuxième mauvaise nouvelle, la médiane des gardiens à plus de 250 tirs est au-dessus de 0, Mandanda est donc sous la médiane.

Troisième mauvaise nouvelle, biais du survivant oblige, la performance d’un gardien est légèrement positivement corrélée au nombre de tirs subis. On s’attend à ce qu’un gardien avec une longue carrière reste sur le terrain parce qu’il est performant. Ce qui éloigne encore davantage l’ancien havrais d’une performance moyenne par rapport à sa longévité.

Visuellement c’est frappant, peu de gardiens à plus de 800 tirs sont en territoire négatif et malheureusement notre gardien de but est en plein dedans.

Comment en est-on arrivé là ?

Constate-t-on une lente chute de ses chiffres depuis des performances de haut vol en 2010 jusqu’à ce qui nous est offert en ce moment ? Chute qui serait passée totalement inaperçue jusqu’à récemment ? On le voit ci-dessous, ce n’est pas directement le cas, les performances ont été en dent de scie depuis un moment maintenant et la tendance générale est bien baissière.

Autre fait notable, pas de saison avec un GSAA% au-delà des 4% quand certains gardien peuvent atteindre les 10% sur une saison. Quelques éléments de comparaison ci-dessous.

J’ai bien peur que sur sa ligne, Mandanda n’ait pas eu de performances “élites” depuis un moment. Ce qu’il faut souhaiter désormais, c’est qu’il finisse la saison en boulet de canon et qu’il accueille son remplaçant durant le mercato estival.

C’est qui son remplaçant ?

Sur les quelques championnats que j’ai analysé (Top 5 + Portugal, Pays-Bas et Turquie), pas grand chose de facilement disponible, suffisamment jeune et prometteur. 3 joueurs sont potentiellement à surveiller : Léo Jardim dit Léo (oui, oui), Rui Silva et Gökhan Akkan. Edouard Mendy est une bonne piste également, il vient d’avoir 27 ans en revanche. Reste à explorer d’autres contrées peut-être plus riches en talents…

Conclusion

Evaluer un gardien statistiquement est quelque chose de complexe et mon modèle est très loin d’être parfait, par exemple, je n’ai pas le positionnement du gardien et de ses défenseurs. Même s’il donne des résultats satisfaisants et que je lui accorde un bon niveau de crédit surtout au-delà d’un certain seuil de tirs subis, je garde un regard critique sur ce qui est proposé.

Mais pour autant, évaluer un gardien par observation, de façon traditionnelle (sans passer en revue tous ses tirs subis, ce qui, soit-dit en passant, peut être fait facilement de nos jours avec certaines solutions) est encore plus complexe selon moi : on se souvient des exploits et des bourdes mais rarement des arrêts un peu plus difficiles qu’attendu ou des placements pas complètement d’équerre.

D’autres éléments sont à intégrer dans la réflexion sur l’achat d’un gardien, comme les sorties aériennes, le jeu au pied, le charisme, … même si ces aspects restent secondaires selon moi.

Il n’en demeure pas moins qu’un gardien en forme peut représenter plus d’une dizaine de buts évités par saison, soit autant de points en plus pour l’équipe. L’impact est suffisament significatif pour que ce poste soit pris très au sérieux.